Je suis d'abord allé à Shanghai, voir mon pote. Il faisait du media buying et voulait que je m'y mette aussi. Concrètement, ça voulait dire promouvoir des pilules magiques pour agrandir son zizi, ou des antivirus bidons. Aucun intérêt, aucune utilité. Juste arnaquer les gens. Ça ne m'a jamais intéressé.
Mais avec le temps et l'expérience, j'ai compris une chose : ce qui marche le mieux dans ce monde, ce sont les arnaques. D'abord parce que les marges sont énormes. Ensuite parce qu'il n'y a pas de karma. Le karma, ça a sûrement été inventé par les riches pour faire croire aux pauvres et aux gens normaux qu'il faut être gentil, sinon la vie va leur en mettre plein la gueule. Mais ce n'est pas vrai : il n'y a pas de karma. Tu peux faire des trucs horribles, tu peux scammer les gens, et tu n'auras aucun souci dans la vie.
Le problème, c'est que je n'ai jamais été de nature méchante, nocive ou toxique. Je me vois pas arnaquer les gens. Je pense que je n'y arriverais pas, tout simplement.
Après Shanghai, Bangkok. Puis la Thaïlande, la Malaisie, Bali, le Vietnam, le Cambodge. J'ai vu le temple de Borobudur à Yogyakarta, et Angkor Wat près de Siem Reap. Je dépensais 500 à 600 euros par mois, et j'en gagnais peut-être 200. Le reste, c'étaient mes économies qui fondaient doucement au soleil.
Partout, j'essayais de construire quelque chose : des applications, des sites. Il y a eu Dividup. J'avais carrément payé des développeurs indiens pour me faire une sorte de Dealabs, un site de bons plans et de cashback, qui récompenserait en plus les gens qui postent des deals. Je l'ai abandonné vers février ou mars 2019. Zéro euro.
J'ai tout essayé : le dropshipping, l'affiliation, le cashback, les marketplaces, un peu de pub Facebook. Mes sites étaient multilingues, mais le système de traduction faisait des erreurs, les commandes buguaient, les paiements marchaient une fois sur deux. Tout était bancal. Si je devais choisir un seul mot pour résumer ma carrière, ce serait celui-là : bancal.
Le vrai problème, je le connaissais déjà. Je n'avais pas d'expertise, juste des petits sites WordPress, ce qui ne compte pas vraiment. Je ne m'étais jamais vraiment mis au marketing. Et surtout, je changeais de projet sans arrêt. Le Iop Feu, encore et toujours.
À Bangkok, j'ai participé à l'Affiliate World, le grand rassemblement des pros de l'affiliation. J'y ai vu de près le monde du media buying : des offres de dating, de casino, de webcam, des filles russes refaites qui essayaient de t'attirer pour que tu promeuves leurs offres. Tous ces requins qui arnaquent le monde entier, réunis dans le même hôtel. Pas terrible.
Et puis il y avait l'anglais. Au début, c'était la galère totale. J'avais des maux de tête énormes à force de chercher mes mots. Jusqu'au déclic : il fallait que je me détende, que j'arrête de chercher le mot parfait et que je trouve des alternatives. Puis il y a eu la bascule, ce moment étrange où le cerveau switche et où je me suis mis à penser en anglais, puis à rêver en anglais. Aujourd'hui, ça switche tout seul : je compte en anglais, je pense en anglais, je travaille en anglais sans problème. Je suis bilingue.
Avec un accent français horrible, malheureusement. On ne peut pas tout avoir.